Conards, laqués, et au Bénin…Avant Dernière !
Posté par emmausaubenin le 8 avril 2009
« Il va venir »
« Il va arriver »
« Il arrive »

La pirogue
Plage de temps indéterminée entre ces trois étapes mais Hyppolite conducteur de l’association Solagnon montre enfin le bout de sa pirogue. Bernardin vêtu de l’étoile marseillaise nous a précédemment accueilli sur la rive et nous embarquons, direction Ahomey-Gblon site pilote du projet du lac Nokoué. L’eau sur laquelle nous naviguons est salée et ce n’est qu’à partir du mois d’août, lors des crues du nord que l’eau douce chassera cette salinité vers la mer.
Petit mémento rapide du projet
L’association Sonagnon a été il y a deux ans interpellée par les femmes des villages alentours au sujet de la pénibilité de la corvée d’eau. L’association s’est à son tour tournée vers Emmaüs Bénin. Emmaüs Bénin a ensuite saisi Emmaüs international. L’enjeu est de taille. Fournir l’accès à l’eau potable et à l’assainissement à 75 000 personnes
L’eau, grâce au lac (622 km2) est là mais les déjections animales, humaines ainsi que les cadavres d’animaux la rendent impropre à la consommation. Techniquement des forages sont donc décidés après différentes expertises béninoises et des canalisations alimenteront des bornes fontaines. Sur le plan de l’assainissement, les choses sont plus compliquées car il faut miser sur un changement de comportement de la population. En tout état de cause, ce projet revêt deux originalités capitales :
- l’implication participative de la population locale,
- le soutien des populations défavorisées du nord pour accompagner les populations pauvres du sud
La pirogue bis
Nous sommes heureux de constater que la pirogue est couverte car le soleil se montre depuis plusieurs jours intraitable avec les crânes européens. Nous croisons plusieurs pirogues surchargées, parfois à la limite de la ligne de flottaison. Une ou deux femmes en assurent le déplacement à l’aide de pagaies. C’est la corvée d’eau. Ces femmes partent en général vers 06h00 du matin et ne reviennent que vers 11h00. Cinq heures de trajet épuisant. On comprend l’importance et la pertinence du projet.
Ahomey-Gblon
Arrivée à Ahomey-Gblon et accueil de Léon, représentant local de l’Association des Usagers de l’Eau. Il est ici le représentant d’Emmaüs et assure le suivi des travaux et tente d’aplanir les problèmes. Ce site a été choisi comme site pilote par Emmaüs et la population parmi les neuf sites que la population avait proposés.
Les travaux
La première tranchée a été creusée lors du dernier chantier international et plusieurs d’entre nous sont inquiets de ne pas voir les canalisations installées. Bernardin nous assure que cela va être fait, le souci concerne l’entreprise, nous sommes ici en Afrique et la performance est parfois aléatoire. Le premier forage de 80 mètres a été réalisé, l’abri surélevé destiné à recevoir le groupe électrogène est prêt, les fondations du château d’eau sont en bonne voie malgré des problèmes techniques (stabilisation du terrain) de dernière minute et donc un coût accru. Sur le site en 2009, neuf bornes fontaines (sur les 12 demandées par la population) devraient être en fonction. Actuellement cinq autres forages sont lancés mais seuls quatre seront réalisés cette année. En ce qui concerne l’assainissement, les concertations vont bon train. Il ne s’agit pas d’imposer des modèles mais bien de travailler avec les comités locaux pour faire un choix efficace. Charge à eux ensuite de travailler avec la population sur le changement des comportements. Ces comités sont constitués, sur l’insistance d’Emmaüs, de 4 femmes et 5 hommes et la plupart des communes ont leur comité.
Patrick nous rappelle que lors des passages dans les ministères, la question récurrente était:
- le projet est-il écrit?
La réponse était également récurrente:
- non, le projet est en construction. L’efficacité passe obligatoirement par ces temps de concertation et des allers retours entre le comité de pilotage et la population concernée.
La pirogue ter
Direction Gambier 2. Nous croisons cette fois les pêcheurs et les ramasseurs de sable, les travaux quels qu’ils soient semblent ici d’une extrême pénibilité. La chaleur est accablante. Il existe sur les rives du lac une sorte de pisciculture appelée «acadja». Les pêcheurs plantent des branches de palmiers dans l’eau, les poissons vont s’y installer en quantité, et après une période moyenne d’une année, les filets sont installés et on peut piéger les poissons.
Gambier 2
Le chemin est long du débarcadère au deuxième forage. Nous sommes entourés d’une nuée de gamins qui réclament cadeaux, argent, stylos ou cahiers. Alphonse qui nous accompagne a toutes les peines du monde à les éloigner. De fait après quelques sourires, nous ne nous sentons pas très bien devant cette insistance. Curieuse impression en effet de voir tout cet aréopage tendre la main en criant. Le deuxième forage est rapidement visité en plein soleil. Nous apprenons qu’il descend à 90 mètres et qu’il a été terminé la veille. Le chemin du retour est tout aussi pénible, les gamins sont toujours là.
La pirogue quarte
Direction So Ava. La chaleur se fait plus lourde. Les visages des yovos que nous sommes sont marqués. Erwann a préféré rester à Cotonou, David se demande s’il ne va pas être réincarné en farine animale et même la casquette de parrain a la visière avachie des jours de fatigue.
So Ava
Accueil dans les locaux de l’association Sonagnon. Antonin, son Président nous présente les activités de l‘association. En probation vis-à-vis d’Emmaüs International, celle-ci s’occupe de plusieurs actions entre autre :
- assurer le pont entre les habitants et Emmaüs International mais aussi:
- le micro crédit pour les femmes
- la mutuelle santé des habitants
- le droit des enfants
- le parrainage des filles pour leur scolarisation.
Alors que nous échangeons benoîtement, Denis se lève et fait part d’un coup de chaud, il émet quelques borborygmes, prémisses d’une remontée gastrique mouvementée et imminente. Bernardin préfère l’emmener prendre l’air.
La pirogue quinte
Après avoir récupéré Denis, nous retournons vers notre point de départ. Patrick demande à Hyppolite, le conducteur de la pirogue de pousser le moteur afin que nous puissions bénéficier d’un peu de brise.
Retour ensuite par la route vers Cotonou en tombant évidemment sur LE embouteillage et nous devons à Jean chauffeur hors pair d’arriver dans des délais raisonnables. Le séjour au Bénin se termine et demain la promotion dite des «conards laqués» décollera de Cotonou à 23h00. Nous tenons à remercier Emmaüs bénin pour son accueil et le souci constant que chacun à manifester pour notre bien-être. Des rencontres fortes, des échanges riches, des découvertes surprenantes auront marqué notre séjour ici.
Merci à Dominique, Joseph, Armelle, Françoise, Myllie, Mimi, Patrick, Alphonse, Jean, Justine, Rosine, Jean-Pierre, Véronique, Huguette, François d’Assises, Basile, Hyacinthe, Hyppolite, Bernardin et Antonin pour leur disponibilité, leurs éclats de rire et leurs convictions. Merci aussi à Ignace, Clémentine, Nicéphore, Euphrasie et tout ceux dont nous avons eu le bonheur de croiser le chemin. Une pensée particulière pour Françoise qui avec Didier nous a accompagnés durant ces trois années de formation…
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